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La montée des free-lances : la perturbation numérique ne signifie pas la fin du travail, mais bien de la relation employeur/employé classique
published by , on 27/06/2018

Par Romina Longo (directrice générale de Batenborch Interim Management)

Le débat actuel sur l’impact de l’intelligence artificielle (AI) sur l’économie est trop orienté sur les inconvénients et pas sur les mesures que nous devons prendre pour transformer la perturbation numérique en succès. « XXX mille emplois seront perdus en Belgique » ou « Pas de panique, la numérisation crée aussi des emplois », lit-on. En réalité, ces deux affirmations sont vraies et fausses à la fois. Oui, de nombreux emplois classiques disparaîtront. Oui, la numérisation crée aussi des emplois, mieux même, elle crée de l’emploi. Mais attention, cet « emploi » sera très différent de l’actuel : de plus en plus d’entreprises (de grande taille) n’auront même plus de salariés (permanents). La plus grande partie des emplois pourra être robotisée à plus long terme. Est-ce grave ? Non, car la relation entre les personnes et les entreprises changera du tout au tout et nous devons y préparer tant les premières que les secondes.

Une enquête de Deloitte auprès de 11.000 chefs d’entreprises nous apprend que seulement 42 % des « travailleurs » sont encore salariés. L’Europe compte déjà 77 millions de free-lances et leur nombre ne cesse d’augmenter. Conséquence immédiate, le chiffre d’affaires du secteur de l’intérim en Europe a plus que doublé en dix ans de temps. Et le phénomène ne peut que prendre encore de l’ampleur. La relation entre les entreprises et les personnes changera complètement de visage au cours des vingt prochaines années. La relation de travail fixe et contractuelle va pour ainsi dire disparaître. J’entrevois que les entreprises vont devenir des « plateformes » où des free-lances individuels viennent travailler. Elles entretiendront un dialogue permanent avec de grands groupes de travailleurs indépendants pour voir comment les deux parties peuvent se correspondre.

Les entreprises ont donc de moins en moins besoin d’expertise in house, en interne. Même les profils les plus complexes seront robotisés. Ce n’est pas grave car la numérisation permettra à tout le monde de se servir des avantages des nouvelles technologies. Ce glissement se produira à une échelle gigantesque. Nous assisterons à la création de nouveaux produits et services dont nous ne pouvons même pas imaginer la nature aujourd’hui. Des opportunités s’offriront à tous et le « travail » ne disparaîtra pas, contrairement à la relation « ancienne manière » qui liait les personnes aux entreprises. Les frontières entre les deux parties s’estomperont également.

Le secteur des RH jouera dans ce cadre un rôle crucial : l’aspect de la mise en correspondance, le matchmaking, déjà fondamental aujourd’hui, le deviendra plus encore et l’échelle connaîtra un accroissement exponentiel. Pour gérer ce changement de façon optimale, le secteur des RH n’aura pas d’autre choix que de se numériser lui aussi. Aujourd’hui, il est déjà possible de procéder à la première sélection de façon totalement numérique, par exemple.

Nous devons préparer les gens à ce marché du travail d’un genre totalement nouveau, pas seulement depuis la perspective des RH, mais aussi du point de vue sociétal. Comme la composante « humaine » trouvera-t-elle sa place dans les meilleures conditions possibles ? Ne réserver les nouvelles opportunités qu’aux happy few n’est pas envisageable, non seulement du point de vue moral, mais aussi parce qu’il n’est juste pas tenable, économiquement, de laisser un grand groupe de personnes  « rater le train du numérique ».

Investir dans la formation continue est essentiel car les jobs d’aujourd’hui n’existeront peut-être plus d’ici dix ans. Les prestataires de services RH doivent donc assumer de plus en plus un rôle d’accompagnateurs. Cela étant, il incombe aussi aux autorités de prendre conscience de l’impact de la perturbation numérique.

Par exemple, il est plus que temps que diverses autorités investissent vraiment dans la formation continuée, le continuous learning, ce qui est notamment possible en misant davantage sur la learning agility. Toutes générations confondues, nous devons apprendre à nous adapter à de nouvelles situations jusqu’ici inconnues. Malheureusement, cette réalité n’est qu’à peine effleurée dans notre enseignement, dont les fondements restent beaucoup trop classiques. Le carcan n’est pas assez flexible et les jeunes (et les moins jeunes) devraient avoir la chance de goûter à beaucoup plus de jobs, de services et de défis. Pourquoi ne permettons-nous pas aux jeunes, dès l’école primaire, et d’une façon non commerciale, d’entrer en contact avec les entreprises ? Ils pourraient apprendre ainsi qu’ils ne sont pas seulement des consommateurs, mais aussi des parties prenantes.

D’une façon générale, la coopération entre les entreprises et les établissements d’enseignement pourrait être bien meilleure. Entreprises et écoles devraient s’engager dans un dialogue structurel. Il faut donner une chance à toutes les formes de stages et de coopérations. Et je pense à bien davantage qu’à des stages techniques : à travers un dialogue plus intense avec les entreprises, les établissements d’enseignements pourraient mettre leurs formations en prise avec l’évolution du monde du travail.

En résumé, la perturbation numérique arrive. Ce n’est pas grave mais elle bouleverse totalement notre modèle. La priorité doit être d’y apporter des réponses, notamment en termes de formation. Ne nous arrêtons pas aux conséquences négatives supposées.

(Cette article est paru également sur Trends.be)

Reactions (1)
  • Marc Renson says:

    Il ne faut pas confondre technicien et gestionnaire. Si le premier doit avoir des formations pour appréhender les nouvelles techniques de focntionnement, l’enseignement doit adapter son programme. Mais pour les gestionnaires dans les entreprises, l’adaptation consiste à avoir plus de confort de travail puisque le papier aura disparu au profit de documents numérisés et traités de façon à gagner enrapidité pour fournir ou avoir une vue globale du client. Mais licencier des personnes à cause de la numérisation n’a pas de sens car les pseronnes auront plus de temps pour répondre au client. Le service est bien meilleur que attendez je vais vous chercher votre dossier ou je n’ai rien trouver vous concernant. Les autres étudiants contueront à étudier le droit, la médecine, etc… mais avec des outils numériques … à distance … sur écran mais n’oublions pas les valeurs humaines de la rencontre et dans toutes les langues. Mauranne était entousiaste d’entendre des langues différentes dans son quartier à condition que c’est profitable aux échanges mais pas au cloisonnement. La fracture numérique, vous connaissez ? Ca c’est la réalité parce que bon nombre de personnes ne disposent pas d’ordinateurs, de maison domotique, etc… Tout évolue en ordre dispersé mais pour que cela évolue il faut laisse la libre entreprise d’entreprendre justement. Le législateur devra rapidement évoluer or il est toujours en retard puisqu’il prend connaissance après la mise sur le marché des évolutions de la société. C’est un grand défi qui nous attend.

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